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PREFACE DE PIERRE FIEUX
Triplette, doublette, tête-à-tête: à la pétanque, on joue comme on veut. Enfin, en principe. Dans les faits, on s'aperçoit que la compétition de haut niveau, depuis une trentaine d'années, se déroule très majoritairement en triplettes. Le label national n'est d'ailleurs délivré par la fédération, depuis 1988, qu'aux concours proposés suivant cette formule. Ce choix vient-il de la base? La triplette est-elle la formule la plus à même de satisfaire les compétiteurs de haut niveau et le public? Pas sûr. Pas sûr du tout, en tous cas, pour Christian Châle, amoureux de toujours de la pétanque et de ses champions. Lui est persuadé que jouée en tête-à-tête par ses plus grands champions, elle gagnerait ses lettres de noblesse et ferait exploser son audimat. L'idée est audacieuse, mais l'homme est passionné et volontiers iconoclaste.
Ecoutons-le un instant.
La pétanque est malade, dit-il, et perd sa base. Après des années dorées, où elle était la quatrième discipline française en nombre de licenciés, elle a vu disparaître en vingt-cinq ans près d'un tiers de ses effectifs. L'ancien cadre de l'industrie pharmaceutique pose le diagnostic, propose des remèdes. Il fustige l'environnement, plaide pour l'émergence d'un vrai public, conteste les formules imposées par la fédération. La triplette est idéale pour le licencié de base, dit-il, car cette formule est conviviale, intègre tout le monde, pointeurs et tireurs, jeunes et vieux. Par contre, à haut niveau, il trouve qu'elle bride les meilleurs, les empêche d'exprimer toute l'étendue de leur talent, laisse trop de place au hasard. Nostalgique, il se remémore les grands affrontements d'antan, les Sarnito/Bourdin, les Bébert de Cagnes/Raoul des Milles, les Foyot/Lovino. Il rappelle aux plus jeunes une réalité aujourd'hui oubliée: toutes ces parties de légende, qui drainaient un public énorme, se sont déroulées en tête-à-tête.... à six boules contre six. Le propos est incisif, les analyses précises, l'homme passionné et convaincant. Si beaucoup ne partageront pas ses conclusions, nul doute que le Livre rouge devrait faire naître des débats plus qu'intéressants.
Alors, rêveur ou prophète, Christian Chale ? Peut-être les deux, car bien malin qui pourrait dire de quoi l'avenir sera fait. Et dans bien des domaines, les réalités d'aujourd'hui ne sont-elles pas les utopies d'hier ?
Pierre FIEUX
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